ESCALE POESIE ET CHANSON. C’ETAIT A LA SORBONNE LE 4 JUILLET 2019. Par Laurent GHARIBIAN.

HERVE VILARD PHOTO GUY KUAN

Hervé VILARD – Photographie Guy KUAN

Créé en 1998 par Jean-Marc Muller et Matthias Vincenot, Poésie en liberté est un concours international de poésie en langue française ouvert aux lycéens, aux étudiants et, c’est à souligner, aux apprentis. Une seule condition : être âgé de 15 à 25 ans. Chaque année, le jury reçoit un nombre croissant de participations. Près de 4000 pour la présente édition 2019. La sélection suppose des choix…cornéliens. Le niveau se révèle particulièrement élevé et témoigne d’une forte créativité venant de toute la sphère francophone. Les poèmes lauréats sont interprétés sur scène par des comédiens professionnels. Cette année encore, l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne est rempli. Le prolongement éditorial de cette manifestation d’envergure se concrétise par la publication de plusieurs poèmes par les soins des Editions Bruno Doucey. L’événement scénique, baptisé  » Escale Poésie et Chanson », est organisé par l’ association « Poésie et chanson Sorbonne » avec le soutien du service culturel de la Faculté des Lettres de Sorbonne Université.

En seconde partie, c’est la tradition, un récital chanson a droit de cité dans ce lieu hautement symbolique.

 Figurer au palmarès constitue, pour ces jeunes lauréats, un encouragement certain à poursuivre dans ce mode d’expression. Vingt-deux poèmes sont proposés ce soir du 4 juillet par cinq comédiennes et trois comédiens. En ouverture, Matthias Vincenot, maître de cérémonie décontracté dit le poème « Déforestation » signé Cécile Cantat, angevine inspirée comme le sont, sans exception aucune, ses alter-ego élèves à Shanghaï (Bleuenn Gancel pour « Plaisirs non coupables ») Montréal (Adèle Gosset pour « Le chat » et Emmanuelle Kristof Tessier pour  » L’importun ») Moscou (Jules Paris pour « Le cul vaincu » interprété par Alyzée Lalande). Et Haïti, où étudie Niklovens Fransaint, pour un  » Elle D’un effleurement, Je » très remarqué. A l’instar de son interprète, le comédien Matila Malliarakis : un tempérament à suivre de près…Tout comme son complice Askehoug, le temps d’un poème à deux fort bien mis en scène et signé Maëlan Le Bourdonnec. Un futur numéro de duettistes? Ce serait pertinent.Quant à Bernard Menez, il conjugue sa notoriété sur le mode cool et distille avec sa faconde les sonorités ludiques de Joséphine Vernay ou celles d’Imane Elmouadan.

Les jeunes comédiennes  ne sont pas en reste, à commencer par Margot Lourdet, parmi nos coups de coeur avec « Liberté » d’Elise Daniel et « Pour un piano sans cordes » mots à vifs que l’on doit à Selma Bendada – une deuxième fois primée avec « Fissures » pareillement saisissant et que restitue fort bien Lena Lapres. Marie Oppert honore, elle aussi, les textes dûs à Clément Masselin, Letissia Titouah, Emmanuelle Kristof Tessier (déjà citée) et Marie Defontaine : images puissantes, toutes de contrastes.

Coup de chapeau , également à Eden Ducourant à qui l’on a confié « Les bombes et les papillons. Souvenirs de Syrie ».Façon court-métrage expressif dont l’auteur, Bouchra Assouad, mérite aussi tous les éloges.

 Parmi les auteurs, mentionnons aussi Niamh Fontaine (« A l’ombre »),  Mathilde Loiseleur ( « Maria au théâtre ») , Kevin Bour (l’original « Crayon de chantier »), le Rennois Corentin Dufourg (Prix Simone Veil pour « Parée »), très applaudi aussi. Sans oublier Marie Defontaine (« Anaïs) et enfin Anaïs Lo Re pour ce « Tout va » très singulier… Il faut rappeler combien les interprètes, ici, se révèlent tout autant investis et authentiques.

Pas une seule fausse note dans cette symphonie de mots disant l’ironie, la violence ou la douceur. Il émane de cette première partie – bien rythmée – une sacrée dose d’humour, de gravité, une conscience affûtée de notre monde en effervescence. On y respire la volonté de dire, en beauté, l’accomplissement, l’ouverture sur l’autre, la luminosité l’emportant sur les ténèbres. Oui, un soleil surplombant les tempêtes. Vivement 2020.

En seconde partie apparaît le très attendu Hervé Vilard. Un homme de scène resté intact dans l’émotion, la simplicité et le vrai. Il a su patiemment, avec courage, donner de lui une image nouvelle. De « chanteur populaire » à « chanteur poétique » comme l’a si joliment dépeint Matthias Vincenot dans son texte de présentation. Rien à redire. Cette définition a fait l’unanimité au sein d’un public réceptif et respectueux. Parmi ses auteurs de prédilection, le chanteur nous propose depuis de longues années un choix éclectique, assumé. Et pointu. Nous sommes venus pour entendre les paroles de Marguerite Duras sur la sublime mélodie du regretté compositeur argentin Carlos d’Alessio .Nous sommes venus apprécier l’univers – formidablement restitué – de Michèle Bernard .Nous sommes venus assister au « Café littéraire » de l’immense Allain Leprest qui fut pour Hervé Vilard un ami véritable. Nous savions que allions réentendre l’une des plus belles versions de « L’Echarpe » de Maurice Fanon. Et nous avons redécouvert, parmi  tant d’autres auteurs, Jean Genet dans « Le condamné à mort »(merci Hélène Martin). Un must absolu.Par un artiste attachant, sensible. Lequel ne pouvait quitter la scène sans nous offrir « Capri c’est fini ». Et là, avec cette manière intimiste de recréer ce « tube », Hervé Vilard a montré le chemin parcouru par cet interprète de plain pied avec son époque. Un artiste exigeant. La cordialité en plus.  

Monsieur le ministre de l’Education Nationale est resté un peu plus longtemps que prévu, nous a-t-il semblé…Tout comme la maire du Vème arrondissement. Le public quant à lui – connaisseurs et passionnés- a manifesté son vif contentement. Pour le chanteur et son excellent pianiste accompagnateur. Classieux en tous points…

Cette escale estivale a déjà vingt et un ans. Vivement 2020, une fois de plus…

                                                           Laurent GHARIBIAN

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