LE CRÉPUSCULE D’après « Les Chênes qu’on abat » d’André Malraux – © Gallimard au Festival off d’Avignon – Présence Pasteur 11 rue du Pont Trouca 84000 AVIGNON à 18h15 – Durée 1h15 du 5 au 28 juillet 2019 (relâches les 8, 15, 22)-

Adaptation et mise en scène : Lionel Courtot

Avec John Arnold (André Malraux) et Philippe Girard (Charles de Gaulle)

  • Création sonore : Michaël LEFÈVRE – Technique : Suzon MICHAT Costumes : Éléa PARDO et Habib BENTAIEB de l’Atelier 5

Construction décors : Pierre CHAUMONT / La Machinerie Graphisme : Corinne Marianne PONTOIR

Photos : Max FREYSS et Nicolas ELSAESSER

S’il n’y avait eu la défaite de la France en Juin 1940, l’homme de Gaulle fut resté dans l’ombre. Puisqu’il n’y a personne pour reprocher à Trenet d’avoir chanté « Douce France », nous pouvons aussi saisir ce qui signifiait le mot France pour le Général de Gaulle à travers son appel du 18 Juin.

De Gaulle incarna une certaine idée de la France qui peut paraître irrationnelle aux jeunes d’aujourd’hui qui n’ont pas connu l’occupation par les Allemands, la chasse aux juifs, les tickets de rationnement etc.

C’est probablement sur le terrain humain plus que politique que se sont accordés Malraux, l’auteur de la Condition humaine, et de l’Espoir, et De Gaulle, l’homme du 18 Juin et le fondateur de la 5ème république. Quant à l’Ecriture, c’était leur péché commun : « Comme il est étrange que l’on doive se battre à ce point, pour arracher de soi ce que l’on veut écrire » fait dire Malraux à de Gaulle.

Dans l’essai « Les chênes qu’on abat » qui raconte une ultime rencontre entre les deux homme, le 11 Décembre 1969, après la démission de de Gaulle au lendemain du référendum de Juin 1969, et dont le Crépuscule est une adaptation théâtrale, nous n’assistons pas un véritable dialogue entre les deux hommes. En réalité, il y a un 3ème personnage invisible, une sorte de statue du Commandeur, qui permet aux deux esprits de mouvoir leurs derniers battements d’ailes qui ne manquent pas de signifiance puisque n’importe comment, aussi bien Malraux que de Gaulle n’ont jamais quitté le champ de leur légende.

Malraux si lyrique d’habitude, prend ici la pose de l’observateur, mais il donne aussi l’impression d’offrir en miroir ses propres considérations sur l’Histoire, la vie et la mort, le destin, au Général de Gaulle.

Nous pouvons croire à cette rencontre ultime à laquelle Malraux entend conférer une atmosphère irréelle conforme d’ailleurs à son état d’esprit qui mise sur l’insondable qui crève les yeux, ébranle toutes les convictions et donne le vertige.

Ce vertige romanesque, émotionnel ou légendaire s’empare des idéologies politiques avec des figures de proue, Jeanne d’Arc, Lénine, Rosa Luxembourg, Jean Jaurès etc. De Gaulle s’inscrit dans ce lignage.

Difficile de dégager la figure humaine sous le masque du mythe. Question de posture que les contradicteurs qualifieront d’imposture. Malraux, écrivain dans l’âme qui cherche à saisir le personnage de Gaulle s’interroge « Ce n’est pourtant pas un personnage de théâtre ».

Nous savons à travers ses interventions télévisées que de Gaulle ne manquait pas de répartie ni même d’humour. La mise en scène de Lionel COURTOT reprend à son compte une réflexion de Malraux étonné par ce mélange d’austérité et d’ironie qui caractérisait la personnalité de de Gaulle mais c’est la gravité qui l’emporte. Les deux comédiens John Arnold (André Malraux) et Philippe Girard (Charles de Gaulle) qui ont à charge de briser la glace sont totalement investis dans la gageure que représente l’incarnation théâtrale de ces deux personnages historiques.

Manifestement « Les chênes qu’on abat » font plutôt penser à un journal de conversations qu’à des entretiens soutenus. Ce journal abonde en digressions télescopiques où se chevauchent les souvenirs, les réflexions et commentaires de Malraux. Les questions ne soulèvent pas des réponses mais toujours d’autres questions susceptibles de donner du relief aux pensées de de Gaulle.

L’estime entre les deux hommes était tacite mais n’incluait pas la familiarité.« Le Général ne raconte guère même dans la conversation » « Je ne connais pas le général de Gaulle. Qui connait qui ? Nous appelons connaissance une familiarité avec ce qu’un homme a d’individuel : n’être pas surpris par tel acte imprévisible, savoir à quelle part de cet homme il appartient. »

Il s’agit donc bien d’un dialogue imaginaire entre en quelque sorte un portraitiste et son modèle.

L’adaptation se concentre donc sur les éléments de dialogues rapportés par Malraux et ce dans un cadre théâtral imposant, une scénographie à la fois voyante et sobre, imposée par la stature des deux personnages.

La récupération théâtrale et politique du reportage inclassable de Malraux qui est toujours resté un électron libre en dépit de ses postes officiels, est sans doute inéluctable.  

Faut- il du sentiment pour faire de la politique ? Cette question qui peut paraître saugrenue s’exalte sous la plume de Malraux, elle a le charme de l’irrationnel, du vent qui s’engouffre à travers les battants de la grande et la petite histoire pour en donner une lecture pleine de contradictions et en définitive plus philosophique que strictement politique.

Ce vent-là avait le goût de l’histoire, celle qui fait cligner des yeux, elle se dépêche encore chez ceux qui entendent en tirer des leçons !

Paris, le 20 Juin 2019

Evelyne Trân

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