LE FESTIVAL RING 6ème édition – CDN NANCY LORRAINE- LA MANUFACTURE – Du 6 au 20 Avril 2018 – AUX MARCHES DU FUTUR !

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Le futur ça commence quand, avant ou après la mort ? Et le bel aujourd’hui à l’enseigne d’un poème de Mallarmé qu’en faites-vous ? A chacun ses références de toute façon, les figures de pensées bien pensantes ou malvenues ne manquent pas qui signaleront à votre interlocuteur si vous faites partie de son monde ou pas, Et si vous passez pour un étranger, vous pouvez éviter de réciter la fameuse tirade de Shylock «  Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des dimensions, des sens, de l’affection, de la passion ; nourri avec la même nourriture… »

Des personnes ont pensé avant vous, d’autres penseront pour vous, d’autres penseront après vous, essayez donc de vivre avec votre temps, vous n’allez tout de même pas refaire le monde avec quelques amis en sirotant une bière. Vous êtes déjà fiché par une multitude de pensées clichés qui infusent votre petite conscience : Après moi le déluge, la nature a peur du vide, l’humanité va mal, très mal …

 Cela dit, si vous avez un peu de temps, du loisir, de la curiosité, pourquoi ne pas répondre à l’appel du futur en marche, en vous projetant dans un monde dystopique, organisé par Zigmagora, à quelques dizaines d’années-lumière.

 STAGE POUR CITE, le spectacle déambulatoire auquel nous convie Michel DiDYM, fait voyager des spectateurs témoins, équipés de smartphones et de casques, invités à réagir face à une réalité futuriste qui menace leur corporéité humaine.

 Puisque nous sommes déjà conditionnés par l’usage familier du téléphone portable, que le ver est dans le fruit, croyons nous être vraiment capables d’exister innocemment dans un monde régi par des » intelligences artificielles en réseau ».

 Qui n’a pas envie de crier au secours en écoutant les messages de Cassandre (figure mythologique obsolète). Comment échapper au règne de la numérisation, fini le papier, finie la chair pourrissante, il va falloir faire vite !

 Le nouveau-né en guise de carte d’identité, ne se verra-t-il pas affublé d’une belle puce électronique, ce genre de puce que l’on colle sous l’aile d’un oiseau pour surveiller ses déplacements ?

 Dites-vous que vous n’intéressez pas cette intelligence artificielle, que vous avez encore la faculté de saigner, déféquer, jouir, transpirer, que votre identité humaine est reliée à votre chair et qu’aucune machine au monde ne peut se substituer à votre substantique moelle.

 Faites confiance à l’humain qui est en vous, regardez un sucre et dites c’est, un sucre, c’est tout. Faites-le fondre dans votre bouche. Oui mais, elle n’est numérisable votre sensation et bien tant mieux !

 Dans le spectacle, les spectateurs témoins ont une mission lancée par Zigmogara « retrouver les émotions perdues, saisir les traces d’humanité, les valeurs de la fraternité, du partage et de l’équité ». Un guide capuchonné les emmène explorer les grottes de quelques personnes du futur éparpillées dans la ville, cave, coulisses de bibliothèque etc. Nous assistons à une scène désopilante où un homme en quête d’amour se voit offrir au restaurant la femme de ses rêves, virtuelle. Dans une autre scène, une bibliothécaire est mise au rancart parce qu’elle veut sauver de la destruction des livres évincés de la numérisation générale, programmée par l’ordinateur. Dans une cave terrée comme un rat, une pauvre femme raconte que son cerveau est branché à une entité artificielle qui la surveille et qu’elle n’a d’autre alternative que de se cacher ou de faire sauter la puce de sa cervelle et mourir.

 Le futur serait-il préhistorique, insinuant que l’homme tel que nous le connaissons doit être définitivement rangé dans la case préhistoire pour laisser la place au transhumain, équipé d’un organe supplémentaire, la pile algorithmique.

 Les participants de la randonnée futuriste qui dure plus de 2 heures auront néanmoins l’avantage pour les moins jeunes d’observer qu’à défaut d’être bien branchés à leurs smartphones, ils s’entendent transpirer, souffler, récriminer contre leurs corps impatients. Mais la bonne vieille ville de Nancy les regarde, et bonne âme se moque gentiment de leur folle équipée « Croyez bien que nous les vieilles pierres, nous faisons partie de vos rêves, osez donc désobéir à votre guide, ici et maintenant ».

 Conscients d’avoir participé à un projet de vaste ampleur, élaboré par le laboratoire Zitgamora, celui de s’interroger sur notre futur immédiat, semelles au vent, les ailes du passé toujours en avant, nous nous sommes projetés vers l’avenir, prêts à débattre avec un rayon de soleil, comme des gosses.

 Chassez la nature, elle revient au galop. Rusée, elle se manifeste par des coupures de courant.

  Le spectacle POLIS mis en scène par Arnaud TROALIC, en a fait les frais. Il s’agit d’un spectacle confessionnal où chacune des participants munis de casques peuvent réagir aux propos d’une personne installée dans un fauteuil sur une place publique (en l’occurrence la place de Stanislas), répondant à des questionnaires toujours remis à jour par de sérieux animateurs (en amont ils ont expérimenté les questionnaires cocasses de Max Frisch) planqués dans un aquarium.

 Suite à un problème technique, lors d’une séance à laquelle nous avons assisté, lesdits participants n’ont pu réagir. Nous avons pu cependant apprécier la sincérité des personnes conviées à une expérience unique, un dispositif scénique plutôt ahurissant, où elles donnaient l’impression de rejoindre la mer intime de la collectivité en s’exprimant.

 La place publique, n’est ce point le lieu idéal pour s’exprimer ? Mais encore faut-il y être convié. Res publica ! Quand la chose publique qui se déploie devant vous prend la forme d’un grand animal causeur, quasi extra-terrestre, comment ne pas frissonner.

 Un singe mangerait des cacahuètes et nous ririons à ses grimaces. L’animal en question est un homme longiligne magnifiquement tatoué, il mange des mots et ce faisant lance ses anathèmes contre une société malfaisante. Il est en colère, une colère froide délivrée par une voix puissante, des phrases cinglantes, terribles.

 L’homme ensuite se déshabille, revêt un short, agrafe à même la peau ses feuilles de poésie, enfile des moufles de boxe, accomplit le rituel du boxeur,

puis quitte la place, découvrant une silhouette étrange de bel insecte à talons aiguilles.

 C’était un mirage, un oracle parmi les quatre proposés par le performer Didier MANUEL, extraordinaire !

 Le réel a-t-il encore un visage qui ne soit pas virtuel ? Il n’y a d’autre visage que celui du public pensent les organisateurs du Festival Ring qui brandissent les baguettes magiques des nouvelles technologies mais refusent d’en devenir esclaves.

 Place donc aux états d’âmes, les spectateurs écoutent pousser leurs ailes d’aventuriers, de défricheurs de rêves et c’est leur rôle après tout, le meilleur que puisse leur offrir l’audacieux Festival Ring.

 Paris, le 19 Avril 2018

 Evelyne Trân

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