DANS LE CADRE DU FESTIVAL DES CAVES : LA CONFERENCE de Christophe Pellet – Adaptation et mise en scène de Jean-Michel Potiron avec Benjamin M’Ba à CHAUX DE FONDS (SUISSE) le 1er Juin 2017

De Christophe PELLET  / adaptation et mise en scène par Jean-Michel Potiron / avec Benjamin M’Ba / en coproduction avec la Compagnie Théâtre à tout prix (Besançon), cop. L’Arche Editeur.

 

Il fait corps avec un long tabouret noir, il trône avec pour seul instrument sa voix qui traverse l’obscurité, il semble poursuivre une conversation avec lui-même l’étrange personnage perché sur son estrade, entièrement concentré sur l’objet de sa conférence dont il serait l’incarnation solitaire absolue.

Quel est donc le breuvage de ce conférencier qui fait étonnamment penser à la fable « le chien et le loup » de la FONTAINE. A l’origine le chien n’était-il pas loup avant d’être domestiqué ? Et comment se mettre à la place du chien métaphore de l’artiste qui croit avoir perdu à jamais son inspiration.

L’homme fait penser à un fauve qui en se regardant dans le miroir découvre avec horreur sa tête de chien au cou pelé. Alors il n’a de cesse de cracher sur cette image qu’il associe à celle de l’État français.

L’artiste domestique de l’État français, qui remuerait piteusement la queue, n’arriverait plus à créer que soutenu par la laisse de l’esprit français.

L’amertume est son breuvage, et les témoins spectateurs qui assistent à sa conférence suicidaire sur la société théâtrale française, s’éprouvent démunis, assommés par la violence de sa charge.

L’artiste chien-loup s’est réfugié dans sa tour d’ivoire, il ébroue ses pattes dans la flaque de l’esprit français, éclaboussant à l’envi tous ceux qui lui prêtent l’oreille laquelle risque de s’éprouver méchamment mordue.

C’est que cet artiste veut en découdre avec ce bel esprit français, si lisse, si élégant, il montre les crocs.

Difficile de prendre au sérieux, ses invectives si radicalement haineuses : « J’ai toujours évité, il va de soi, les théâtres de la capitale – dits privés – lieux de perdition totale pour l’esprit et la beauté, empoissés d’ un esprit petit-bourgeois. Cet esprit-là je le combats depuis toujours, c’est la lutte originelle. »

N’est-il pas en train de le retourner son gant et de faire une conférence « absurde » à la demande même de cette société théâtrale qu’il vilipende ?

Est-il possible de se mirer dans l’eau noire de la colère devenue un torrent de boue ? Il y a tout de même quelque chose qui l’a déclenchée cette indignation, quelque chose dont nous ne mesurons jamais l’impact, la condescendance, le mépris, une parole malheureuse qui craint«  Ah, vous êtes toujours dans le circuit » émanant d’un quidam théâtreux qui ne peux étouffer complètement sa pitié à l’égard de l’artiste, dramaturge, comédien, qui galère et galérera toujours.

Benjamin M’BA, donne au personnage son extraordinaire présence physique, et derrière le masque de la morgue, du cynisme, fait entendre la douleur d’un artiste « livré aux chiens ».

Le metteur en scène Jean-Michel POTIRON réussit à faire de la Conférence de Christophe PELLET, un objet insolite, telle l’aile noire d’une mouche qui continue à défier l’araignée et sa toile, la scène du théâtre français.

Paris, le 2 Juin 2017                              Evelyne Trân

 

Prochaines dates :

Beurières : 12 juin / Nettancourt : 20 juin

 

 

 

 

 

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