DON JUAN REVIENT DE LA GUERRE de Ödön von Horváth au THEATRE DE L’ATALANTE 10 place Charles Dullin, 75018 Paris du vendredi 11 au jeudi 17 décembre 2015

traduction Hélène Mauler et René Zahnd
Rep_DonJuan03_©andre-muller POUR SITEEditeur et agent théâtral L’Arche

Du vendredi 11 au jeudi 17 décembre 2015

 

 

 

 

Mise en scène et scénographie : Guy Pierre Couleau

Avec

Nils Öhlund, Carolina Pecheny, Jessica Vedel

 Assistant à la mise en scène : Bruno Journée
Création lumière : Laurent Schnee

Est-ce un effet de la confusion des genres, des réalités et des fantasmes, quel homme peut-il se reconnaître en Don Juan et être perçu comme tel par des femmes ? Dans la pièce de HORVATH, c’est l’inconscience, proche de la folie de DON JUAN qui se trouve à la porte de consciences de femmes. Le Don Juan qu’il met en scène au retour de la guerre de 14-18 est abattu, malade, il a une boule dans la gorge, une seule boussole pour avancer fiévreux, le souvenir de sa fiancée qu’il a abandonnée avant la guerre.

Au cours de ses tribulations, Don Juan antithèse d’Ulysse, qui ne retrouvera pas Pénélope, va rencontrer pas moins de 35 femmes auxquelles semble t-il, il ne pourra pas attacher d’importance parce que leur partition se trouve trop éloignée de son idéal forclos.

Le malheur des femmes nous dit HORVATH est que leur horizon est terrestre. Ces femmes qu’il découvre ont pris leur destin en mains, elles ont appris à se passer des hommes moralement et sexuellement, elles sont endurcies. Horwath ne leur fait-il pas dire : « La relation entre les sexes n’est plus du tout un problème, ce n’est rien qu’une fonction comme manger et boire ». Seule, une adolescente peut être véritablement tourmentée par le regard prédateur de Don Juan.

Et pourtant ces femmes qui aux yeux de Don Juan ne sont pas des vraies femmes, vibrent de toutes les maniéres. Elles pensent, elles agissent, elles se débattent, elles luttent pour vivre. Ce sont des infirmières, des veuves, des religieuses, des mères, des filles légères, elles tiennent même des propos politiques : « Et les millions de femmes dans les usines qui se fanent si jeunes, pour elles toutes , vous n’éprouvez aucun sentiment ? ! » s’exclame l’une d’elles. Tant il est vrai que pour Don Juan qui n’est pas un mythe, une femme digne de ce nom n’a pas le droit d’être laide.

HORVATH est contemporain d’un certain bouleversement de valeurs pendant la grande inflation 1919-1923, le malaise que porte en lui Don Juan, un homme du passé, fait partie de ces maladies de l’âme qui égarent l’esprit. Ne le sentait-il pas déraper l’esprit des hommes en Allemagne, sous l’emprise de l’idéologie nazie qui le conduit à s’exiler et à errer en Europe, avant de mourir bêtement assommé pa une branche lors d’une tornade à Paris en Juin 1938. Une tornade qui évoque bizarrement la mort de ce Don Juan venu se récuellir sur la tombe de sa fiancée en pleine tempête de neige.

Pas de romantisme élégiaque, pas de manichéisme chez HORVATH. La modernité de son écriture est étonnante.Les propos que tiennent les femmes qui jalonnent la route d’un Don Juan en prise avec le vide, cette énorme béance que représente son amour manqué avec sa fiancée, il semblerait qu’il les a entendus lui même . Leur virulence, leur violence prosaïque éclairent par contraste, une féminité inattendue chez Don Juan. A la même époque, Stringberg témoignait notamment dans sa pièce « Le père » du désir d’un homme de faire éclater le carcan de sa virilité supposée.

Mais en foulant sa propre image, devant un bonhomme de neige, parce que cela fait partie de nos rêves, la figure de Don Juan exalte encore la mémoire amoureuse des femmes.

Les bourgeons sont secs sur cette figure hivernale de Don Juan, gelés, ils appellent les larmes mais également dans une embellie visionnaire, le printemps de nouvelles femmes sur la scène d’action, la scène politique.

La direction des comédiens est remarquable qui permet de rendre compte de cette présence extrêmement physique des femmes qui embrassent la vie à mains nues face à un Don Juan toujours ailleurs, exprimant la solitude d’un être perçu comme un fantôme, un étranger.

Belle performance des comédiennes, Carolina Pecheny, Jessica Vedel qui endossent les rôles de toutes ces femmes, superbe incarnation par Nils Öhlund d’un Don Juan dans les nuages avec pour seuls vis à vis, des femmes.

Dans une mise en scène de Guy-Pierre COULEAU, nécessairement dépouillée, les tableaux s’enchaînent avec fluidité mais on entend se cogner les rêves de Don Juan contre la réalité de ces femmes de façon très prégnante. Les femmes parlent à travers Don Juan, et leurs propos résonnent d’autant plus qu’elles se heurtent à son autisme.

La sensibilité d’HORVATH totalement lucide donne à voir à entendre, les êtres dans leur épaisseur et leurs fragilités de façon naturaliste . Qu’est-ce à dire, une branche qui se casse, un sarment qui se plante dans la terre, un sourire de Don Juan à travers le regard de femmes, c’est aussi beau et cela en dépit des guerres, le restera, qu’un rayon de soleil sur la neige.

Se rendre là-bas dans cette forêt de femmes qui attendent Don Juan, voilà une aventure très enrichissante, palpitante à laquelle nous convie cette représentation inspirée de « Don Juan revient de la guerre » profondément émouvante.

Paris, le 20 Décembre 2015                         Evelyne Trân

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