Médée de Pierre Corneille au Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes, mise en scène de Paulo Correia, collaboration artistique de Gaële Boghossian du 21 Mars au 21 Avril 2013

Quels sont les pouvoirs d’un texte, en l’occurrence, la première  tragédie de Corneille, Médée, face au pouvoir de l’image qui depuis son avancée technologique est capable de bombarder notre rétine de façon démiurgique ?

 La magicienne, l’héroïne de la pièce de Corneille ce n’est plus Médée mais plutôt l’image qui est censée s’emparer du regard des spectateurs. Des monstres en pagaille issus de l’imagination de Gustave Doré sont vomis sur l’écran gigantesque qui ourle la scène où Jason, Médée et les autres, en chair et en os, pris au piège de  leurs clones virtuels, ont le souffle coupé  et récitent plutôt qu’ils ne jouent quelques effets textuels de Corneille comme ils se passeraient le ballon.

 C’est Corneille en bande dessinée, à l’ère des jeux vidéo, qui découvre sa pièce devenue aussi sèche qu’une branche fanée, articulée par des héros baudruches.

 Ce parti pris du metteur en scène de vouloir faire entrer Corneille par la belle porte dans notre époque où effectivement une culture visuelle fort riche prend le pas sur la lecture, interpelle les vieux routiers de la littérature qui comme Malraux dans son livre « L’homme précaire et la littérature » s’inquiètent sur son sort.

 La démonstration du metteur en scène nous fait sentir combien les rapports de force entre le cinéma et le théâtre sacrifient l’objet même de leurs pouvoirs magiques, un texte, une écriture devenue leurre, étiquette de flacons obsolètes.

 Le texte de Corneille devient un déroulé de fax qui tombe dans un lieu clos sans être lu, au profit du cliquetis de la machine qui devient monstrueux si l’on imagine que pour l’entendre il ne reste que des silhouettes d’humains sur un écran. Avec une telle sensation effarante, nous avons au moins la simagrée de nous propulser dans l’univers de Ray Bradbury et de Georges Orwell.

 Les jeunes qui disposent d’une culture beaucoup plus ludique et  bruyante que certains rabat-joie  littéraires, apprécieront sans doute de voir Corneille sortir des sentiers battus du lycée, pour les rejoindre cahin-caha dans leur monde onirique et virtuel et si le spectacle qui leur  est destiné les inspire, croyons qu’ils sauront adapter Corneille dans leur langue, car tout de même ce vieux Corneille, il pourrait être plus simple.

 Laisse tomber tes hardes séculaires Corneille et rejoins nous, notre époque sera la tienne ! Que les jeunes boivent à la santé de Corneille et que les rabat- joie se taisent !

 Paris, le 30 Mars 2013                                     Evelyne Trân

 

 

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