LES TRAVAUX ET LES JOURS DE MICHEL VINAVER au Théâtre du Lucernaire du Mercredi 25 Avril au 2 Juin 2012

Du mardi au samedi à 21h30 Du 25 avril au 2 juin 2012 Auteur: Michel Vinaver Mise en scène: Valérie Grail Musique originale : Stefano Genovese Avec: Cédric David, Luc Ducros, Agathe L’Huillier, Julie Ménard, Mireille Roussel Durée: 1h25

Excellent, excellent, le spectacle « Les travaux et les jours »  auquel nous convie » la Compagnie Italique. Et pourtant le titre  de la pièce est plutôt rébarbatif. On croirait que l’auteur forcément impliqué, a voulu exprimer le contre-pied des visions pessimistes d’un Kafka ou d’un Dostoïevski sur la vie de quelques éphémères employés de bureaux, enfermés dans une boîte.

 L’entreprise familiale à dimension humaine, avait le cœur battant  dans les années soixante. Des insectes qui se battent pour la bonne image de l’entreprise qui absorbe toute leur vie : c’est épique, confondant, émouvant.  Ça sent le vécu, ça ne peut pas s’inventer.

 A la trappe, les documentaires sur la vie des employés aux visages détrempés, coincés dans le métro. Tout se mélange à l’intérieur d’une boîte, le passé, le présent, l’avenir. On est plusieurs. Chacun arrive avec son histoire, chacun essaie de placer sa petite identité sous l’œil sournois de l’horloge et de la sacro-sainte image pour laquelle il est censé travailler. C’est tellement drôle de voir comment dans la conversation,  Monsieur un tel ou Madame un tel, beurrent leur soumission à la tâche de désir de vie beaucoup plus intense. Ça peut se traduire en flirts, en confidences, en rêves. Car il faut tenir bon, il faut se sentir exister derrière le téléphone, derrière la pile de paperasses, il faut savoir qui couche avec qui.  Il faut se raconter le baptême de sa petite fille, s’intéresser aux malheurs d’un collègue et ceci et cela avant de se demander « Qu’est-ce que je fous là ? » Le reportage est terrible, les employés sont manipulés, ils obéissent à des ordres venus d’ailleurs. Tout vient d’ailleurs, d’ailleurs, les réclamations des clients que l’on ne voit pas, les décisions de patrons invisibles, et le tout pour finir dans un cercueil. Parce qu’à force de confondre sa vie avec l’entreprise,  lorsque celle-ci est rachetée, c’est normal et de triste augure, l’employé fidèle qui s’est donné corps et âme, n’a pour lui, devant lui que le gouffre, le précipice. On voudrait bien encore les entendre ceux qui ont toujours dans leur langue de bois, la rétorque « Vous êtes payés pour ça »

 Pas de pathos, pas de politique. La metteure en scène balaie,  toute poussière de récriminations avec une virtuosité digne de Mary Poppins. L’histoire est tragique certes puisque l’on assiste à la vie et la mort d’une entreprise. Mais qu’importe semble dire l’auteur, les employés ont partagé tant d’années ensemble, tant  de bons et mauvais souvenirs émergent; ils ont ri, pleuré soupiré, ils se sont même embrassés !

 Les rapports amoureux qui s’instaurent entre membres d’une même entreprise, à taille humaine, c’est pas de l’invention.

Paternaliste, la petite entreprise n’est-ce pas ? Que le patron déniaise la petite jeune, c’est normal. Ce sont les situations qui créent l’homme. Pavlov ne disait pas autre chose.  Enfermés dans une boîte, des humains n’ont pas d’autre choix que de se déclarer l’amour, la guerre ou le statu quo.

 Michel VINAVER ne cesse de faire des clins d’œil à l’horloge dont les aiguilles marchent à reculons parfois. Hallucination ou illusion d’optique ? Tout de même à l’heure où nous allons, malgré toutes ces voix robotisées qui chloroforment nos téléphones, que nous puissions écouter quelques râles d’Amour, quelques soupirs et quelques prières à travers la bouche d’employés à vie et pauvres pécheurs d’oseille, eh bien oui, ça rafraichit nos oreilles.

Michel VINAVER visionnaire et humain sûrement.

 Nous n’avons pas rêvé. Il y a des spectacles de vie qui se forgent à mains d’hommes et de femmes, et dépasseront les frontières de la machine, ex machina.

 Enfin, il faut rendre grâce à Valérie GRAIL et aux comédiens de nous plonger justement dans une sorte d’hyper réalité où le temps, la parole se déchainent.C’est tellement froissant, tellement réel que l’on  comprend que la valeur hystérique du travail puisse se muer en danse syncopée avec décharges d’électrogènes.

A se demander s’il n’existe pas une hormone du temps de travail et un vaccin contre ses dérives.

 Un spectacle éloquent, superbement bien agencé et rythmé.  L’auteur a du se pourlécher les babines en dressant ce portrait d’entreprise. La comédie du bon vouloir devient une récréation extraordinaire et si c’était vrai ?

 Pour de rire ! Vous gagnez à être portraitisés, chers employés !

Vie de bureau, mode d’emploi, dirait Georges Pérec ! Il pense, il  transpire le joli pansement d’ironie de Michel VINAVER. Si nous n’avons pas le temps de penser, nous avons le temps de vivre, et d’aller nous voir au spectacle « Les travaux et les jours».

Voilà une belle manière de manifester que nous les travailleurs de la vie, nous ne sommes pas des machines !

 Paris, le 28 AVRIL 2012                 Evelyne Trân

 

mise en scène Valérie Grail

du mardi au samedi 21h30 au Lucernaire  53, rue Notre Dame des Champs 75006 Paris

Cie Italique  avec Cédric David, Luc Ducros, Agathe L’Huillier Julie Ménard, Mireille Roussel

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