HINTERLAND de Virginie Barreteau – Création 2012 de la Compagnie La Mandarine Blanche (Lorraine)

Mise en scène : Alain Batis Scénographie : Sandrine Lamblin Lumières : Jean-Louis Martineau  Costumes : Jean-Bernard Scotto Régie Lumières : Nicolas Gros Régie Son : Emilie Tramier

interprétation Raphaël Almosni, Calypso Baquey, Claude Barichasse, Jérémie Bedrune, Aurore Erguy, Camille Forgerit, Julie Piednoir, Laetitia Poulalion, Joséphine de Surmont

Le 21 Février 2012 à la Salamandre Vitry-le-François (51)

Le 16 Mars 2012au Théâtre Gérard Philipe de Frouard (54)

Le 15 Mai 2012 à la Maison des Arts de Thonon Evian (74)

Du 13 Juin au 24 Juin 2012 au Théâtre de l’Epée de Bois Cartoucherie de Vincennes à Paris

 Hinterland, le titre du spectacle, a cette particularité délicieuse pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec la langue allemande, d’évoquer un lieu inconnu qui appartiendrait à sa résonnance propre, un peu comme un nuage qui n’existe que vu de loin ou parce qu’il réjouit notre désir de le regarder dans une durée spectaculaire.

 L’émotion musicale est au cœur du spectacle et cet ailleurs auquel est convoqué le spectateur, c’est un peu comme l’envers de soi, l’idée pourtant banale qu’avant d’entrer dans le monde, nous nous trouvions à l’intérieur, comme un fœtus dans le ventre de la mère.

 Le désir d’autarcie d’une communauté de femmes recluses qui s’adonnent au chant et sont gardiennes du feu, comme les vestales des temples grecs, agit comme un réflexe d’autoconservation, face à l’intrusion toujours possible d’un élément extérieur diabolisé. Comment l’innocence d’adolescentes coupées du monde extérieur, n’agirait-il pas aussi comme un ferment des âmes de nature à les impliquer, dans leur jardin secret, toujours en veille ou en surveillance d’elles-mêmes.

 Cette question d’innocence n’est pas propre à la femme, elle se pose aussi bien à l’homme, elle ne se poserait sans doute pas si elle n’était pas moquée. L’innocence c’est peut être un état d’inconscience ou d’extra-conscience, cela peut être la vérité d’une fleur dans un champ, d’un marin qui regarde l’horizon ou d’un enfant qui reconnait son frère dans la foule. Il n’y a pas d’abois pour l’innocence si proche de l’étonnement des poètes.

 Dans le propos de l’écrivaine Virginie Barreteau, il n’est pas question de dogmes religieux, c’est important de le souligner parce que le besoin de contemplation et d’abstraction est universel. Pas besoin d’étiquettes pour être sensible à une atmosphère d’église ou goûter la musique religieuse de Bach.

Elle explore d’une façon très personnelle des impressions pour donner du grain aux fables que se racontent des hommes et des femmes qui ne se regarderaient qu’à travers un mur ou ne se connaitraient qu’à partir de rumeurs.

 L’argument, le quotidien d’un chœur de femmes dans un sanctuaire, mis en émoi par le rappel des hommes,  est décliné de façon assez abrupte et ostentatoire. Reste un point firmament, qui sonne juste, celui des questionnements de l’adolescente Anne,  superbement interprétée, qui endosse la figure de la dissension au sein de la soumission.

 La scénographie due à Sandrine LAMBLIN offre des tableaux d’une beauté stupéfiante : drap blanc de la virginité qui rougit au soleil ou bien lambeaux de tissus pour suggérer la forêt, la prêtresse presque comique juchée sur une chaise aussi élancée qu’une patte de libellule. Le doigt posé sur la chair de l’homme se « mixte » ou bien alors fusionne avec l’image de la surveillante, les bras levés vers…le ciel.

 La création musicale de Cyriaque BELLOT, par petites gouttes sonores en pointillés, donne l’impression de suinter des peintures elles-mêmes.

 La mise en scène ne manque pas d’humour avec ce clin d’oeil adressé aux hommes réduits à des silhouettes qui ne savent pas comment entrer dans la caverne du deuxième sexe.

 Nous sommes dans un mystère au sens que l’on donnait autrefois aux drames religieux, avec cette espèce de lyrisme et de baroque digne de Victor Hugo qui nous ramène au poème « correspondances » de Baudelaire :

La nature est un temple où de vivants piliers

 Laissent parfois sortir de confuses paroles.

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers.

Un spectacle à voir absolument !

Paris, le 19 Février 2012                          Evelyne Trân

 

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