Habemus papam, un film réalisé par Nanni Moretti avec Michel Piccoli

Sortie en salles le 07 Septembre 2011 Durée 1 H 42

 Comment une image, des images peuvent-elles rendre compte d’une émotion partagée par une foule humaine. L’on imagine volontiers le cinéaste fondu dans la foule, happé par sa propre caméra dans une vertigineuse descente, s’évanouir un instant comme s’il avait été meurtri égratigné par un caillot de souvenir, venu en trombe brouiller son paysage et laminer sa raison. Où suis-je ?

 Le personnage de ce quidam égaré mis en scène par Nanni Moretti raconte, témoigne d’une extraordinaire confusion mentale où se meuvent se côtoient tant de désirs et d’émotions anonymes que tout à coup surgit comme un indésirable celui qui découvre qu’il doit choisir entre son individualité propre et le rôle qui peut lui être assigné.

 Cette trace humaine qui subsisterait au-delà et malgré le poids de cette tour de Babel censée juguler le génie humain, le cinéaste l’explore sur un visage d’homme devenu une éponge parce qu’il a beaucoup vécu, un visage qui ne peut plus se retenir  parce qu’il a entendu qu’il va être statufié, momifié pour devenir l’idole d’un peuple, d’une religion fût elle sa propre religion.

 A dessein, Nanni Moretti ne parle que de lui-même, il n’a pas d’autre message que sa propre résolution d’images, qui se heurtent d’elles mêmes, parce qu’elles sont les lieux où soit les discours glissent, soit reprennent la chandelle en gravissant les peines par hoquets et  poufs de désespoirs ou d’espoirs parce qu’on peut chanter dans la rue et parler comme Tchékov dans un bar.

  L’humain en partage, soit ! Le rituel de l’élection d’un pape vécu comme une mascarade avec des cardinaux aussi attendrissants que des poupées fanées qui jouent une pièce et qui ne sont pas de bons acteurs. Le cinéaste, par provocation, semble avoir soufflé à ces curieux personnages d’être mauvais dès lors qu’ils sortent de leur rôles ou bien parce qu’ils ne savent pas qu’ils sont filmés chacun par le regard de l’autre ou qu’ils en ont pris le parti, comment faire autrement. La fatalité ? Dire qu’il vient s’émousser ce sentiment de fatalité par celui qui dit non, leur confrère qu’ils viennent d’élire pape.

 La pièce qui été relue et jouée tant de fois,  vient de prendre l’eau. Les cardinaux n’ont plus de partition et l’acteur qui vient de leur faire faux bond, surpris par sa propre réaction, parce que le cri qu’il vient de pousser n’est pas prémédité, va pouvoir vivre enfin un brin d’une partition attachée à l’enfance, juste un sentiment de liberté.

 Nanni Moretti qui joue le rôle du psychiatre, s’amuse à faire tinter et s’agiter un trousseau de clés hétéroclite –  psychanalyse, bible, sport, théâtre – mais il n’y a pas de clé qui vaille. Le cri de douleur de l’homme qui n’entend pas devenir un guide ‘Ni Dieu, ni maître» pour dire seulement « Je suis un homme », ce cri ramassé à travers un être qui choisit d’ être humain parmi les humains plutôt qu’un dieu, voilà ce qui est ressenti grâce à l’humble et bouleversante interprétation de Michel Piccoli, à fleur de peau. C’est un film magnifique, c’est tout.

 Paris, le 17 Septembre 2011

      Evelyne Trân

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