Stupeur et tremblements – Fubuki – Au Théâtre Petit Hébertot – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS prolongation jusqu’au 22 mai inclus, du mardi au samedi à 19h00, dimanche à 15h00

  image-stupeur.1302955446.jpg D’après le roman d’ AMELIE NOTHOMB  Adaptation/mise en scène/ interprétation : LAYLA METSSITANE P.S. Layla Metssitane était l’invitée de l’émission “Deux sous de scène” du samedi 16 Avril 2011 que vous pouvez écouter et télécharger pendant une semaine sur le site de Radio Libertaire (grille des émissions). 

« Stupeur tremblements » comme le petit livre rouge de Mao devrait figurer parmi les livres de  distribution de prix offerts aux élèves les plus distingués. Il a d’ailleurs valu à son auteur le grand prix du roman de l’Académie de Française. Il entre dans la catégorie des récits d’initiation, celle en l’occurrence d’une jeune diplômée à la culture de l’entreprise. Les rapports de force de la jeune héroïne avec ses supérieurs fantoches dressent le portrait d’une holding aussi effarante que le « Château » de Kafka et que l’usine du procès du même auteur filmé par Orson Welles. Les dés sont faussés dès le départ parce que la narratrice joue le rôle de l’exception qui confirme les règles, et c’est sans doute pour cette raison qu’elle est embauchée.

La seule figure à travers laquelle peut se contempler l’héroïne est sa supérieure immédiate, d’une beauté remarquable et impénétrable. Une question se pose, est-il possible qu’un individu devienne le représentant des dogmes ou traditions d’une société, d’une collectivité, d’un pays ?  Farouchement individualiste, la jeune Amélie devient un danger imminent pour celle qui  joue le rôle de sa supérieure et doit, tant faire se peut, résister au regard d’une jeune étrangère qui ne peut qu’enfreindre les bornes. Comment sauver la face ? C’est un  leitmotiv qui forge la litanie de ce récit initiatique, objet d’un soliloque presque monolithique qui donne l’impression d’un menhir assiégé par un  torrent de mots,  joué avec conviction, au Petit Hébertot, par Layla Metssitane qui a adapté avec ferveur pour la scène, le roman autobiographique d’Amélie Nothomb.  
Il est amusant tandis que nous contemplons la burka de cette femme de la voir sensiblement se transformer en geisha ou marionnette de kabuki avec en prime le rituel du maquillage et démaquillage dévolu à la gente féminine. Il s’agit véritablement d’une exposition vivante, nous permettant, grâce à la mise   en scène suggestive de Layla Metssitane, au-delà des convulsions féministes, de faire circuler, en rêve, une colonie de femmes qui auraient toutes quelque chose à dire s’il leur était permis de soulever leurs masques.
Dans une société, il n’y a pas de signature individualiste qui vaille. Vous n’avez pas le choix parce que les codes ne vous appartiennent pas, pire ils vous dénoncent à vos risques et périls. Le regard des autres vous assigne un rôle, une contenance, une réalité qui dépassent tout sentiment superfétatoire d’existence pour soi. Ce qui relève du défi, ce sont les rapports de force ou d’échanges circonstanciels et inconscients d’individus qui osent parfois frotter leur image de petits pions dans le grand lavoir du damier dont ils ne perçoivent que les insignes tremblements avant d’être éjectés. Et pourtant, il suffit d’un projecteur pour rendre intéressant l’insecte le plus insignifiant à l’œil nu.
 C’est une histoire d’atterrissage : j’étais fourmi, je deviens une fourmi, je vois une fourmi et les autres que voient-ils ?  Amélie Nothomb dit qu’elle voulait être Dieu. Elle atterrit dans une entreprise nipponne et devient Dame pipi. Peut-on imaginer une humiliation plus terrible pour une jeune diplômée très brillante ? En somme, cela signifie qu’un individu peut bien faire table rase de lui-même puisqu’il dépend du bon vouloir de la société qui l’emploie. C’est scandaleux, c’est pas juste mais c’est   la règle du jeu qui finit par ronfler et soulever quelques soubresauts d’indignation (c’est à la mode)  lorsque la Dame pipi en question, élève la voix et assume à fond le rôle qui lui est dévolu. Désormais, dans votre calendrier, vous trouverez une sainte Dame pipi, alias Amélie, et une sainte poubelle, alias le Préfet Poubelle. Il est si fragile  le devenir d’un individu entre les mains d’une société despote !Cette fragilité est le fer de lance de l’auteur. Elle tire la chasse d’eau et le jeu recommence mais « je» en français, c’est nous, première personne du pluriel, le «je» en somme, parterre  de notre environnement.
 LAYLA METSSITANE  traverse à pieds nus un récit qui entremêle sourires et douleur. Elle devient Sœur fontaine de mots à travers nos miroirs. 
 Paris, le 16 Avril 2011                         Evelyne Trân 

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