L’augmentation de Georges Pérec Mise en scène Marie Guyonnet au Guichet Montparnasse

L’augmentation de Georges Pérec
Mise en scène de Marie-Guyonnet,Avec Jehanne Carillon, Jean-Marie Lallement, Olivier Salon                                 Au Guichet MontparnasseDu 3 Novembre 2010 au 8 Janvier 2011 du mercredi au samedi à 20 H 30 
Georges Pérec ou l’art de transformer un cauchemar en comédie. J’ignore tout de la biographie de cet auteur et ne désire pas m’y pencher. Par contre j’imagine volontiers ce savant des mots avoir voulu soulever par malice la lamelle où s’agglutinent quelques échantillons humains, pour faire de son microscope, un projecteur capable d’insonoriser tous les insomniaques.
Les livres regorgent de titres de recettes alléchantes censées nous instruire, nous expliquer comment se sentir mieux, comment faire l’amour, comment devenir un champion, et pourquoi pas comment demander une augmentation de salaire à son patron. Mais les meilleures perles, vous les trouverez dans le dictionnaire. Oui, ce tombereau de mots, en principe, a réponse à tout. J’y ai trouvé la définition de l’homme : mammifère de l’ordre des primates, vivant dans des sociétés très structurées.
Il faut donc comprendre que la parole qui permet de distinguer l’homme du singe, reste déterminée par une structure inhérente à tous les organismes, ce qui encourage d’ailleurs les savants à comparer les sociétés humaines à celles des fourmis, des abeilles etc.
L’entreprise est donc l’échantillon à taille humaine que le sieur Pérec a choisi d’observer, en faisant gigoter sous sa pince, un de ses éléments ingrats, l’employé. Un employé destiné à mourir, enseveli sous la coulure
de phrases censées l’empêcher d’immerger, pour crier « Euréka, je l’aurai mon augmentation » L’espoir fait vivre et mourir en même temps.
C’est cruel, tellement cruel que cela ne peut porter que le doux nom de cauchemar. L’on se rend compte avec Pérec du pouvoir hypnotique des mots. Le thème du pauvre bougre, humilié, timide, complexé, est exploité par nombre de littérateurs, dans le monde entier, de Dostoïevski à Amélie Nothomb en passant par Kafka, bien entendu et par Dino Buzzati.
C’est dans le rêve, à mon avis, que s’exprime le mieux les complexes d’un individu et c’est cette texture qu’utilise Pérec quand les mots, les phrases deviennent à titre obsessionnel, ces bâtons de chaise impitoyables débités par le bec monocorde d’un perroquet, l’œil moqueur.
La metteuse en scène, d’ailleurs, a eu la sagacité de vêtir ces comédiens d’habits aussi rutilants que les plumes de cet oiseau, jaune, vert, bleu, rouge.
Le personnage central de cette pièce, oui, c’est le perroquet alias Pérec, qui s’obstine à bombarder de mots, un pauvre type qui nous ressemble, qui ne sait pas comment, comment s’en sortir, financièrement, psychologiquement condamné à croire ce qu’on lui dit, même si cela n’aboutit à rien, parce que sous la lamelle du microscope, de toute façon, il est coincé. Alors s’il prend des vessies pour des lanternes, la solution est dans la solution humaine contenue dans une éprouvette qu’un monstrueux démiurge, appelé savant agiterait aussi consciencieusement que précautionneusement. C’est fragile un être humain.
Bravo aux comédiens de jouer le jeu sans d’autre fard que la lumière du texte de l’auteur, aussi doucereux, et loyal qu’une lettre administrative. Que le cil en larmes d’un vulgaire employé cherche à en pénétrer le sens, les sens ou les directives, ses revendications tout à fait honorables ne serviront qu’à justifier l’existence d’un chef de service même invisible.
Au moins, méditerons-nous, après les salves de Pérec, sur l’ironie du sort de la condition humaine comme si tout était déjà contenu dans les mots, les petites phrases de politesse dont nous nous servons quotidiennement, pour mettre des clapets à toutes les petites émotions contenues et rentrées d’un pauvre employé. Restons économiques et simples. Qu’est ce à dire, si nous disons tous la même chose. Essayez d’aller au bout d’une phrase de politesse, et songez que vous vous battrez contre un mur, sauf quand en rêve flotte le drapeau insoumis d’un complexe. Cependant, ce que nous sert en filigrane le savant des mots, c’est que si nous répétons toujours la même chose au point de nous agacer nous-mêmes, nous avons quand même le droit de teinter nos paroles d’humour et de rêver qu’il y a mille façons de dire « je t’aime » ou « va te faire foutre ». Sous les mots, peuvent bien se cacher quelques manipulateurs plus ou prou aussi féroces que Pérec.
Si vous manquez de gentillesse dans la vie allez donc écouter Pérec, à dose homéopathique, vous verrez que quelques béquilles de mots qui bornent la surface de nos rêves, peuvent vous armer de courage pour affronter sinon un chef de service, la valeureuse société dont vous faites partie. Ah les gens les gens, les pauvres et les nantis !

Paris, le 20 Novembre 2010
Evelyne Trân

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