Est-ce que vous pouvez laisser la porte ouverte en sortant ? de Antoine LEMAIRE au Théâtre de l’ESSAION 6, rue Pierre au Lard 75006 PARIS du 6 Avril au 26 Mai 2026 . Représentations lundi et mardi à 20h50.

De Antoine Lemaire

Avec Antoine Lemaire, Claire Mirande, Aurore Floreancig ou Chloé Lartisien

Mise en scène Antoine Lemaire

Cela n’aura échappé à personne, le titre de la pièce Est-ce que vous pouvez laisser la porte ouverte en sortant renvoie immédiatement à une pièce d’Alfred de Musset intitulée Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée.

Et voilà que les 2 titres se chevauchent dans notre tête ! Et à force de nous interroger, nous pensons qu’il y a là comme un mystère oui une inconnue qui méritent sinon d’être élucidés, du moins notre attention.

Le mystère se niche toujours dans les détails n’est-ce pas et nous qui avons vu la pièce d’Antoine LEMAIRE nous renchérissons, oui cette pièce plonge le public dans une autre dimension comme s’il y avait plusieurs étages dans notre perception, le rez de chaussée étant le niveau le plus partagé.

Il s’agit d’une histoire d’amour entre deux êtres qui se sont côtoyés pendant une quarantaine d’années. Et puis un jour l’épouse dévouée qui se trouvait être la cheville protectrice de son mari écrivain prend conscience qu’elle perd la mémoire. Le terme n’est jamais prononcé dans la pièce mais nous comprenons qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Que se passe-t-il dans la tête de la personne qui est atteinte de cette maladie ? Le mari ne peut croire que la personnalité très originale de sa femme se dilue complètement. C’est cette foi d’ailleurs en sa femme qui leur permettra de se retrouver alors qu’elle n’est plus capable de reconnaitre l’homme avec qui elle a vécu.

La femme vit à l’intérieur d’elle-même la maladie. Elle a des éclairs de lucidité mais la plupart de temps elle semble naviguer ailleurs, on croirait qu’elle est rattrapée par d’anciens rêves mais ce qui ne la quitte pas ce sont ses souvenirs de danseuse puis de professeur de danse et l’on voit comme une ombre ou double d’elle-même une danseuse exécuter des pas de danse avec elle dans sa chambre d’hôpital. C’est très poétique et c’est très beau.

L’homme quant à lui vit la maladie de l’extérieur mais progressivement il accepte de s’adapter aux changements de sa femme et pour mieux communiquer avec elle, il devient son élève et suit ses cours de danse. Il vit cependant un grand bouleversement moral particulièrement intense.

Claire MIRANDE est formidable. Son interprétation nous convainc qu’il importe de ne pas regarder une personne malade, seulement du point de vue de sa maladie. Une personne reste une personne et le regard d’autrui est très important parce qu’il agit comme un miroir.

Jusqu’au bout le mari tend un miroir à sa femme, celui de son amour. On a presque envie de penser que la mari joue le rôle d’Orphée en quête de son Eurydice.

Cette pièce, oui est une histoire d’amour qui a du caractère . Avec la présence de la danseuse et chorégraphe Aurore FLOREANCIG, c’est l’aspect onirique et poétique de la pièce qui étourdit le public avec bonheur. Un grand Bravo à Antoine LEMAIRE et à toute l’équipe de la compagnie THEC !

Le 8 Avril 2026

Evelyne Trân

Laisser un commentaire