LA NUISETTE de Frédérique Gutman, Hervé Lavayssière, Jean-Marie Villiers au Théâtre ESSAION 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS du 29 Janvier au 8 Mai 2026 – Représentations jeudi et vendredi à 20h50 – Relâche le 30 Avril 2026.

Avec Fabrice Clément, Jean-Christophe Cochard, Guillaume Destrem, Frida L’Autre

Mise en scène Sophie Daull

Auteurs Frédérique Gutman, Hervé Lavayssière, Jean-Marie Villiers

Présentation

Pas facile d’avoir été le chouchou de maman.

A l’instigation du benjamin, trois frères règlent son compte à leur mère incestuelle symbolisée sur scène par une nuisette de soie. Un sujet tabou traité avec humour et malice.

Est-il possible que la mort d’un parent ait un effet aussi brutal qu’un tremblement de terre dans la sphère familiale ? Dans la pièce La Nuisette, il s’agit du départ de la mère en EHPAD et le rassemblement des trois fils dans son appartement à peu près vidé fait penser à un retour d’enterrement.

Ces trois enfants désormais quinquagénaires apparemment ne se sont pas vus depuis longtemps. De fait, ils sont très différents les uns des autres et au fil de leurs échanges une certaine animosité affleure laissant deviner « quelques cadavres » ou mauvais souvenirs dans leurs relations passées.

Le fils aîné Norbert devenu radiologue ne semble pas du tout disposé à communiquer avec son frère benjamin Antoine présenté comme un saltimbanque ou un artiste. Ce dernier par contre voudrait engager une véritable conversation . Quant au frère cadet, Roland, l’homme d’affaire, il dévoilera au cours de la réunion une haine refoulée à l’égard d’Antoine.

Le public assiste à un règlement de comptes entre trois frères qui sont en réalité devenus trois étrangers. Mais comment évacuer des souvenirs d’enfance douloureux que réveille leur rencontre à l’occasion du départ de la mère.

Cette mère qui a marqué sa préférence pour Antoine jusqu’à le prendre dans son lit dès l’âge de 7 ans en l’absence du père, serait à l’origine de la jalousie de ses frères qui empoisonnera les relations de la fratrie.

Leur mère n’est plus là. Aurait-elle quelque chose à dire pour répondre au désarroi de ces trois frères qui n’ont pu communiquer entre eux parce qu’elle a exprimé son intérêt pour un seul et son désintérêt pour les deux autres.

Il semblerait que ce soit le ressenti qui compte. Et c’est là où le bât blesse. Qu’est-ce qui est bien, qu’est-ce qui est mal ? Pourquoi une mère n’aurait-elle pas le droit de dire sa préférence pour l’un de ses enfants au détriment des autres ? D’une part, elle pourrait nier ce dont on l’accuse, d’autre part ce n’est pas facile de cacher ses sentiments .

Dans cette pièce à demi-mots car il ne s’agit pas pour les auteurs de vouloir rivaliser avec Sophocle ou Euripide, il s’agit d’une véritable tragédie familiale d’autant plus éloquente qu’elle concerne des individus plus ou moins bien insérés dans la vie sociale, des messieurs « tout le monde » qu’on n’imagine pas rongés insidieusement par des maux d’enfance.

Antoine a été victime du comportement incestuel de sa mère dès l’âge de 7 ans jusqu’à l’âge de 12 ans parce qu’il a eu le ressort psychique de quitter le lit de la mère. L’inceste c’est le passage à l’acte. L’incestuel c’est différent, cela reste dans la zone grise dans le difficilement dicible . Pour se libérer psychiquement de l’emprise de sa mère, Antoine a dû faire une psychanalyse pendant 20 ans.

Antoine qui voudrait partager son histoire avec ses frères qui ont été témoins de cette situation embarrassante – voir leur frère dans le lit de la mère – se heurte à leur refus. Cependant, la révélation d’Antoine les amènera à raconter à leur tour une enfance meurtrie et malheureuse.

Cette pièce est tirée d’une histoire vraie. Elle est très bien écrite. Pas de déballage de bons sentiments, les trois frères ne se font pas de cadeau . Sans doute reste-t-il au fond de chacun une once de fraternité mais la solidarité n’est pas au rendez-vous.

Le départ d’un parent, le rendez-vous avant d’aller chez le Notaire, les règlements de comptes, ce sont des situations très banales qui sont exprimées sans aucune complaisance par les auteurs .

Une impression de cruauté se dégage . Nous connaissons l’expression « Il faut tuer le père ». Dans La Nuisette, il faut tuer la mère et il faut aussi enterrer, oublier les mauvais souvenirs. Pas de place pour les secrets de famille.

A tous points de vue voilà une très bonne pièce avec des dialogues « musclés » des personnages attachants qui ont chacun leur cri du cœur à faire valoir et tellement bien incarnés par Fabrice Clément, Jean-Christophe Cochard, Guillaume Destrem ! A noter l’apparition sur scène de Frida L’Autre, alias Frédérique Gutmann, telle une déesse antique venue expliquer au public la signification du terme « incestuel ». Quant à la mise en scène de Sophie DAULL, elle est à la fois attrayante et réaliste avec humour.

Trois auteurs se partagent l’écriture de la « Nuisette » , Hervé Lavayssière, cinéaste, et Frédérique Gutman et Jean-Marie Villiers tous deux psychologues cliniciens. Il va sans dire qu’il n’est pas nécessaire d’être psychanalyste, psychiatre ou psychologue pour être touché par le message de La Nuisette. Il est intéressant que par le biais du théâtre, un sujet tabou comme celui de l’incestuel puisse être évoqué et dans cette pièce de façon pudique car il y a des malaises, des malentendus, des drames familiaux qui demandent beaucoup de temps pour être abordés. Paraît-il que la vie est courte. Raison de plus pour aller découvrir ce spectacle sans délai.

Evelyne Trân

Le 7 Mars 2026

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