IL NOUS EST ARRIVÉ QUELQUE CHOSE – Une performance de Olivier de Sagazan au Théâtre Sylvia Montfort 106, rue Brancion 75015 PARIS du 12.02 au 14.02 2026. jeu. et ven. à 20h30, sam. à 20h.

Performance et conception Olivier de Sagazan
Musiciens Pierre Chéguillaume, Alexis Delong
Spatialisation du son Rodrigue de Sa
Vidéo Guillaume Ménard
Lumière Antoine Desprez
Texte voix off Renaud Barbaras

Comment rester indemne après la réception d’un tel spectacle ? J’avoue être restée sceptique en découvrant sa présentation. Mais voilà la performance d’Olivier de Sagazan à laquelle j’ai eu la chance d’assister, j’ai envie qu’elle laisse des traces dans ma mémoire submergée comme tant d’autres par tant de choses…

L’émotion est d’ordre visuel, certes mais cette performance – j’avoue ne pas aimer le mot – va au-delà de l’appel au spectaculaire, elle est une réponse très personnelle à ce sentiment que tout un chacun.ne peut éprouver une ou plusieurs fois dans sa vie que tout déborde ou va déborder et va nous noyer.

Alors cette interprétation vaut ce qu’elle vaut, elle est subjective. Mais c’est exaltant d’imaginer un homme tel un de ces arbres qu’on rencontre dans la rue en n’osant pas lui parler, se dresser face au vide de toute sa hauteur, de toute sa fragilité.

Cela pourrait-il exister sans les effets du spectacle ? Y a t-il une place pour l’infime, une certaine vacuité ou trou d’air ou sentiment de vide, y a t-il une place pour la larme à l’œil et pour le silence, la préférence du silence ? Cet homme quasiment nu me fait penser à un arbre et aussi à ce Prométhée prodigieux qui lève le bras, peut-être seulement pour essayer de croire que quelque part dans l’infini, il est encore visible.

Il faut que cette intériorité fabuleuse explose.

Le corps n’est pas insignifiant. Il se signifie. Un corps poème, un corps arbre, un corps fou en transe, un corps interrogateur, un corps magique.

Songer que ce sont parfois les sons d’un mot qui dictent ou dirigent la pensée. C’est aussi un corps sujet qui dit « je » et qui se transperce avec ce « je ».

Le mot souffrance n’apparaît pas. Et pourtant il plane. Et si toutes les parties du corps dialoguaient entre elles mais non elles concourent seulement à ce que le « je » malade s’ exprime. Il faut lui arracher les mots.

Cette course effrénée à l’intérieur de sa bulle, elle est tragique car l’homme a beau aller au fond du récipient pour se ressaisir. et remonter au ciel, il replonge aussitôt .

Quelle autre issue sinon sortir de sa bulle.

Cet homme qui s’enferme qui voudrait se confondre avec le cosmos. Que savons nous ? Sans doute qu’il nous parle de nous, l’homme et la femme . Faut-il qu’il subsiste comme un fragment de nous, de notre éphémère, de notre multitude ? Il est un miroir foudroyé par cette drôle d’idée : mais en somme je suis un humain ! Et c’est sidérant tout de même !

De la foudre, de l’orage étincelant et de la folie même, un homme ressort exsangue mais il a réussi son défi : sortir de sa bulle et nous en faire sortir le soir d’une performance.

Il importe aussi d’applaudir toute l’équipe artistique qui l’accompagne et contribue avec une technicité effarante à la réussite du spectacle.

Evelyne Trân

Le 14 Février 2026

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