Si tu veux que je vive… Lucie et Alfred Dreyfus de Marie-Neige Coche, Joël Abadie d’après les écrits d’Alfred Dreyfus, Lucie Dreyfus et Séverine au Théâtre ESSAION 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS – Du 21 Janvier au 26 Mars 2026 – Représentations mercredi et jeudi à 19h00.

Avec Joël Abadie, Lucile Chevalier, Claire Vidoni

Mise en scène Eric Cénat

Costumes Charlotte Villermet

Scénographie Charlotte Villermet

Lumières Vincent Mongourdin

Son Christophe Séchet

Chorégraphie Jean-Pierre Poisson

Voix off Laurent Claret, Nicolette Bundy

Production : Le Théâtre de l’Imprévu

Séverine, journaliste féministe, nous livre le récit bouleversant de Lucie et Alfred Dreyfus dans leur combat pour la justice et la vérité.

Nous n’en aurons jamais fini avec l’affaire Alfred DREYFUS parce que cette affaire se trouve au cœur de la grande histoire et illustre les mentalités particulièrement conservatrices d’une époque où l’antisémitisme était monnaie courante et pouvait s’exprimer sans que personne s’en émeuve vraiment.

Fort justement Eric CENAT metteur en scène du spectacle « Si tu veux que je vive » dans sa note d’intention le souligne : « Un nom comme une référence à une époque lointaine mais non révolue : Celui de Dreyfus, le capitaine Alfred Dreyfus, victime des errements moraux de son temps, bouc émissaire devenu symbole du crime d’Etat. »

L’histoire est qualifiée d’invraisemblable des propres mots d’Alfred DREYFUS. Il est alsacien et le traumatisme de l’enlèvement de l’Alsace par l’Allemagne l’a poussé à s’engager dans l’armée où il devient capitaine d’artillerie. Le fait est qu’il est mal vu par sa hiérarchie en raison de ses origines juives. Il est accusé d’espionnage avec pour « seule preuve » une similitude d’écriture avec celle d’un document secret français qui aurait été livre à l’Empire Allemand.

Arrêté le 15 Octobre 1894, il est emmené à la prison du Cherche-Midi puis à l’issue d’un procès expéditif condamné à la dégradation militaire et à la déportation à perpétuité.

Les incohérences de l’accusation permettront au frère d’Alfred, Mathieu de remuer ciel et terre pour sauver Alfred d’une machination qui, si elle n’avait pas été dénoncée, aurait conduit au suicide un homme innocent. A travers la correspondance entre Alfred et Lucie DREYFUS, le soutien de cette dernière à son mari apparait déterminant.

A l’île du Diable en Guyane où il était enfermé, Alfred a énormément souffert des conditions d’incarcération. Lors du procès en révision qui s’est tenu en Août 1899, l’homme est apparu délabré physiquement. Condamné à 10 ans de prison, il bénéficiera d’une grâce présidentielle d’Emile LOUBET, qu’il sera contraint d’accepter pour des raisons de santé. Il faudra attendre l’année 1906 pour que son innocence soit enfin établie.

Le spectacle a une portée pédagogique dans la mesure où il rapporte les faits très clairement, de façon concise en faisant intervenir une journaliste dreyfusarde de l’époque SEVERINE qui travailla avec Jules VALLES. Par ailleurs il s’attache à nous éclairer sur les personnalités du couple Alfred et Lucie DREYFUS. A travers la correspondance entre Alfred et Lucie DREYFUS, le soutien de cette dernière à son mari apparait déterminant.

Joël ABADIE incarne avec justesse cet homme jeune qu’était Alfred DREYFUS en 1894, et l’on devine tout le courage mental qu’il lui a fallu pour résister à l’infamie dont il a été victime.

Lucile CHEVALIER interprète avec beaucoup de fraicheur et de douceur Lucie DREYFUS. Quant à Claire VIDONI son interprétation dynamique sied tout à fait au rôle de la journaliste dreyfusarde SEVERINE.

Servi par une mise en scène et une scénographie sobres mais très sensibles et une adaptation percutante de la correspondance, voilà un spectacle salutaire qui a le mérite de rafraichir notre mémoire de façon très émouvante, à taille humaine celle de ce couple Alfred et Lucie DREYFUS victime d’une machination d’Etat impardonnable.

Evelyne Trân

Le 10 Février 2026

N.B : Eric CENAT était l'invité de l'émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire 89.4 le samedi 28 Février 2026 en podcast sur le site de Radio Libertaire et ci-dessous :

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