La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob de Jean-Philippe DAGUERRE au Théâtre MONTPARNASSE – Petite salle – 31 Rue de la Gaîté 75014 PARIS. Depuis le 10 Janvier 2026. Mardi à 19h – Mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 21h. Dimanche à 15 H.

À propos

18 octobre 1973. L’équipe des Aventures de Rabbi Jacob, le film de Gérard Oury avec Louis de Funès dans le rôle principal, attend avec impatience la sortie en salles. Le succès sera planétaire. Ce même jour, une jeune femme détourne l’avion Paris-Nice. 
Parmi ses revendications : que toutes les bobines du film soient mises sous scellés. 

Avec Bernard MALAKA, Charlotte MATZNEFF, Julien CIGANA, Bruno PAVIOT, Elisa HABIBI et Balthazar GOUZOU

Auteur et metteur en scène Jean-Philippe DAGUERRE
Assistant à la mise en scène Hervé HAINE
Scénographie et vidéo NARCISSE
Costumes Alain BLANCHOT
Lumières Moïse HILL
Musique Olivier DAGUERRE

Il est difficile de se défaire de l’ambiance bon enfant et irrésistiblement comique du film Les aventures de Rabbi Jacob réalisé par Gérard OURY en 1973 qui fut un succès sans précédent. Sa sortie en salles eût lieu le 18 Octobre 1973 alors même que la guerre du Kippour de 1973 (du 6 au 25 Octobre 1973) ou guerre israélo-arabes venait de débuter.

Il faut croire que le succès du film – qui continue à être diffusé régulièrement – eut pour conséquence de plonger dans les oubliettes un fait divers tragique, la mort de Danielle CRAVENNE l’épouse de l’attaché de presse et producteur Georges CRAVENNE, Cette dernière pour protester contre la sortie du film se mua en pirate de l’air en détournant un avion sur son trajet Paris Nice. Elle fut abattue par le GIPN sans qu’aucune négociation soit entreprise et alors même qu’elle ne représentait plus aucun danger après la libération des otages.

Dans la pièce qui fait également l’objet d’un roman, Jean Philippe DAGUERRE fait le portrait d’une femme particulièrement attachante grâce à l’interprétation de Charlotte MATZNEFF. Elle n’a pas la langue dans sa poche, déteste le ministre Raymond MARCELLIN, et est si préoccupée par le conflit isréalo-palestinien qu’elle est révoltée par le scénario du film de Gérard OURY mettant en scène un antisémite se déguisant en rabbin pour fuir des révolutionnaires arabes.

Etrange choix de mise en scène pour cette pièce. Délibérément, le public est plongé dans une atmosphère un peu kitsch où l’aspect bourgeois du couple CRAVENNE saute aux yeux. Les décors vidéo sont imaginés par NARCISSE et leur résonance artificielle quoique ludique contraste avec les aspirations sans doute moins matérialistes de Danielle CRAVENNE que celles de son époux. Les deux époux sont mal assortis mais ils s’aiment.

Dans la mesure où les protagonistes ont réellement existé, paix à leurs âmes aurait-on envie de s’exclamer. Au fond leur idylle amoureuse n’est pas extraordinaire et dans la pièce, elle a un côté désuet, courrier du cœur très cliché. Pour finir par tromper le public sur le véritable objectif de la pièce, ce dernier a droit aux singeries de Louis de Funes exécutées avec talent par Julien CIGANA qui exécute fort bien la danse juive de Rabbi Jacob.

L’affiche même du spectacle est un trompe l’œil avec son aspect très publicitaire « bande dessinée ».

Mais c’est ce contraste entre le succès jubilatoire du film de Gérard OURY et le sort funeste qui fut réservé à Danielle CRAVENNE, abattue comme un animal nuisible au nom de la raison d’état qui nous permet de prendre la mesure du gouffre qui sépare ces deux réalités.

Danielle CRAVENNE psychologiquement fragile d’après ses proches et profondément idéaliste n’avait aucune chance de voir sa parole prise en compte. Elle était considérée comme une folle menaçant l’ordre public alors qu’elle défendait la paix et rêvait de réconciliation entre le peuple juif et le peuple palestinien.

Un fait divers tragique volontairement effacé. Continuerez vous a rire en regardant les aventures de Rabbi Jacob ? Sans vouloir faire la fine bouche, je crois qu’aujourd’hui il importe de penser alors à Danielle CRAVENNE qui n’aimait pas Rabbi JACOB.

Cette pièce lui rend hommage. Comme il est curieux qu’une affiche totalement souriante puisse nous embarquer dans un fait divers tragique mortifiant et scandaleux. Nous voilà invités à scruter l’ombre derrière le soleil !

Evelyne Trân

Le 24 Janvier 2026

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