Si c’est un homme de Primo LEVI avec Gilbert PONTE au Théâtre de l’ESSAION 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS du 7 Janvier au 1er Avril 2026. Représentations mardi et mercredi à 19h00.

Écrit dès sa libération de l’enfer d’Auschwitz, Si c’est un homme est universellement reconnue comme un témoignage essentiel de l’histoire humaine.
Loin de tout artifice, Primo Levi expose, avec une précision presque scientifique, le fonctionnement d’une machine monstrueuse de déshumanisation.

Combien doit être difficile cette entreprise de raconter une expérience épouvantable. Primo LEVI s’est attelé au récit quasiment le lendemain de sa libération, en état d’urgence. De fait, raconte t-il, sa volonté d’imprimer son témoignage l’a poursuivi tout le long de son enfermement. Les mots, il les avait déjà dans la tête avant même de les déverser sur le papier.

Quand il écrit « Si c’est un homme » Primo LEVI est un homme jeune pas encore trentenaire, et ce qui impressionne dans son récit c’est la façon dont il utilise la violence de son émotion, son indignation morale, sa révulsion devant le malheur cauchemardesque, en les transmuant en courage, celui de regarder en face l’horreur et en témoigner sans sombrer.

Il fallait tenir pour témoigner. Primo LEVI avait cette chance d’être jeune car le courage moral, nous le comprenons à travers son récit, ne pouvait suffire pour résister à la volonté d’extermination d’humains par d’autres humains.

Primo LEVI possède le pouvoir de l’analyse. Il ne fonce pas dans le mur, il observe à fond, littéralement, rien ne doit lui échapper dans la mesure où avant de juger, il veut comprendre. Or quel homme, quelle femme ne sont pas à un moment donné ou à un autre, dépassés par leurs émotions, leurs sentiments. Est-il possible qu’une émotion soit un facteur de connaissance et inversement la raison peut-elle servir à l’émotion ?

Si c’est un homme s’adresse à un homme cerné de toutes parts par un vaste sentiment de naufrage, il est seul avec sa conscience et il veut tenir.

Pourquoi ? Nous le ressentons profondément dans ce récit parce que Primo LEVI est rempli d’une immense pitié pour les humains et qu’il est légitime pour l’exprimer puisqu’il en fait partie.

Ce récit est un outil de lutte moral qui force le respect. La rigueur dans l’observation et l’analyse permet de circonscrire l’émotion ou du moins une évocation trop personnelle . Le narrateur est un observateur de la mise à mort et de l’agonie d’humains par d’autres humains mais on n’entend pas ses cris, il ne détourne pas son regard. Il reste dans le sillon de son récit, spectateur, témoin et victime. Dès lors la voix vient conjurer le silence âpre de la douleur. Le narrateur ne la cristallise pas.

La voix du comédien Gilbert PONTE donne au récit qui a les contours d’une voix intérieure, d’un chemin intérieur, une chaleur salutaire annonçant que ce qui été vécu de l’ordre de l’inhumain, peut être dit et doit être dit. Une voix joue le rôle de témoin, ce bâton essentiel que transmet au suivant chaque être de passage dans ce monde.

Il va sans dire que Gilbert PONTE qui se définit comme un conteur remplit formidablement cette mission, celle de transmettre un texte qui s’adresse à tout homme, à toute femme . Primo LEVI sans aucune prétention disait « qu’il était une homme normal, doué d’une bonne mémoire, qui a été pris dans un tourbillon de l’histoire, qui en est sorti davantage par chance que par mérite.

Grâce à Gilbert PONTE, il est possible d’écouter son témoignage de la façon la plus paisible qui soit, dans une mise en scène totalement dépouillée, en ce moment au Théâtre de l’ESSAION. Un rendez vous à ne pas manquer !

Le 19 Janvier 2026

Evelyne Trân

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