OBLOMOV de LM Formentin d’après le roman d’Ivan Gontcharov au Théâtre de l’ESSAION – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS – Du 4 Septembre au 25 Octobre 2025 – Jeudi, vendredi, samedi à 21 H.

Résumé Descriptif de la Compagnie CHAPELON

Oblomov, roman d’Ivan GONTCHAROV paru en 1859 est considéré comme un monument de la littérature russe. Et pour ceux qui n’auront pas eu le loisir de le lire, l’adaptation théâtrale de LM FORMENTIN est tout à fait bienvenue.

Cultiver l’indolence pourquoi pas ? Encore faut-il en avoir les moyens ? Et que dire de la paresse ? On ne nait pas paresseux mais on peut fort bien être traité de paresseux par autrui. Est-ce donc de la paresse de dire : je n’ai pas envie…

Au fond, Oblomov n’a envie de rien, il n’a de courage pour rien, il ne se sent pas concerné par la folie du monde extérieur

Il l’a connue et il en est dégoûté. Il est couché parce qu’il ne voit pas pourquoi il se lèverait. Cependant il ressasse sa langueur jusqu’à s’en étonner lui-même. Cette langueur dès lors qu’il finit par la scruter lui permet d’exploser. Ah ces autres, les maîtres aussi bien de la convenance que de la folie ! Car c’est folie d’agir pour agir. Il les écraserait comme des cloportes en hurlant : Et qui sont ces autres, ces insectes. Je ne peux m’identifier à eux.

. Métro boulot dodo Voilà sur quoi Oblomov tape du poing sur la table. Il refuse cet engluement ce qui ne l’empêche pas de s’engluer dans sa propre léthargie. Il a pour miroir un maître de la paresse, son vieux domestique, Zakhar. Avec lui, il rejoue certaines scènes de son enfance. C’est absolument déchirant. C’est cette peine de l’enfance perdue qui nous met la puce à l’oreille. Non Oblomov n’est pas si léthargique, il souffre. Son indolence, allons donc, il faut se méfier de l’eau qui dort.

Le domestique, le serf, l’esclave, celui qui se soumet, ne représente-t-il pas le comble de la passivité, grâce à lui Oblomov trouve la justification de son comportement. 

Oblomov est un personnage très riche qui bizarrement pourrait faire penser à Hamlet. Mais oui  » To be or not to be » c’est bien la question que se pose Oblomov qui serait au fond de lui et de son lit un désespéré qui n’attend plus rien du spectacle du monde.

La mise en scène de Jacques CONNORT ne chicane pas avec la réalité. Le lit du dormeur prend toute la place de la scène.  Des papiers, des lettres jonchent le sol, quant au pauvre domestique, il s’assied tant bien que mal sur des sièges vraiment inconfortables.

Formidable composition du comédien Yvan VARCO qui réussit à rendre élégant son personnage, lequel entend jouer jusqu’au bout son rôle de domestique. Et nous avons aimé la soudaine colère d’Oblomov interprété par Alexandre CHAPELON.

L’adaptation théâtrale qui resserre la dramaturgie sur le couple Oblomov/Zakhar est très éloquente. Nous assistons à un drame existentiel où les frontières entre dominant et dominé s’effacent ou du moins tendent à s’effacer. Au bord du gouffre, pourront-ils se rejoindre ?

Evelyne Trân

Le 6 Octobre 2025

N. B : Article également publié dans le Monde Libertaire.net

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