
Bao Vuong The Crossing CCXX 2023- Peinture à l’huile, feuilles d’or sur bois – 122 x 250 cm©Bao Vuong / Adagp, Paris, 2025
Bao Vuong est né en 1978 au Viêt Nam, après la fin de la guerre. En 1979, alors qu’il est encore nourrisson, sa famille fuit le pays en bateau, comme des milliers d’autres boat people. Cette traversée en mer, marquée par l’errance et l’incertitude, laisse une empreinte indélébile sur son histoire familiale.
C’est à une exposition de toute beauté que nous convie le Musée des arts asiatiques de Nice. Les tableaux qui sont exposés font partie de la série emblématique « The Crossing, qui s’inspire directement des récits des boat people et de son propre passé familial. Il expérimente le travail de la matière en sculptant la peinture au couteau, évoquant ainsi l’agitation de la mer et la mémoire des traversées nocturnes. »
L’artiste privilégie la couleur noire. Mais il ne s’agit pas d’une couleur uniforme. Dans ces tableaux le noir capte la lumière, la fait rejaillir et le prononcé des vagues se révèle très sensuel.

Photo E. Trân
A l’entrée de l’exposition se dresse somptueux un tableau circulaire qui invite à la méditation. Des deux visions qui se superposent, on peut se demander laquelle supporte l’autre. De fait la vision d’un ciel nuageux mais lumineux et celle de vagues pleines et noires reflètent probablement des états d’esprit ou des humeurs qui peuvent alterner ou être complémentaires chez un même individu. C’est le regard du spectateur qui est appelé à faire la balance entre deux expressions antagonistes qui cohabitent dans un même espace. C’est sans doute cette cohabitation inattendue mais réfléchie qui diffuse un sentiment de plénitude, voire même de sérénité. L’artiste probablement également musicien est en quête d’ une harmonie susceptible de tracer un sillon libérateur. » L’usage du noir, souvent associé à
la perte et à l’oubli, devient chez lui un lieu de révélation, où la lumière émerge comme
un espoir fragile mais tenace. »

Photo E.Trân
Les sculptures bouddhiques présentes dans la salle d’exposition s’accordent totalement à ces roulis de vagues. Comme sur le pont d’un bateau, les visiteurs pourraient se croire en pleine mer. Moment de grâce et de vertige où la mémoire des hommes prend le large en embrassant la mer.
Evelyne Trân
Le 7 Août 2025