LES CHAISES d’EUGENE IONESCO au THEATRE DE l’ESSAION 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris – Jusqu’au 15 MARS 2014 – Les jeudis, vendredis et samedis à 21 H 30.

LES CHAISESMise en scène : Odile Mallet Geneviève Brunet

Distribution : Geneviève Brunet, Odile Mallet, Patrick Chupin, Alain Le Maoût

Les chaises sont phénoménales. Eugène IONESCO, à l’instar de grands peintres dont VAN GOGH, leur rend hommage puisqu’elles deviennent le « personnage central » de sa pièce éponyme. Il faut dire que notre rapport avec ce meuble, en tant que lieu de passage, est ineffable. Et pour peu que nous nous laissions aller à regarder cet habitacle de l’humain dont les cousins sont le fauteuil, la banquette de métro ou le banc public, notre perception est rapidement assaillie par une sensation d’absence, celle de l’homme ou de la femme qui l’occupait précédemment. Il y a de quoi prendre un coup de sang et c’est ce que raconte Eugène IONESCO de façon fabuleuse.

Un couple de petits vieux végète dans l’ennui . Pour meubler leur solitude, l’homme raconte des histoires à sa femme qui l’encourage avec amour. Les voilà qui retombent dans l’enfance, l’enfance magicienne. Et le tour est joué, les rêves, les plus insensés, les plus pharamineux du couple vont se réaliser.

Le vieux et la vieille ont convié une foule d’invités à assister à une conférence extraordinaire qui permettra enfin au petit vieux de communiquer ce qui lui tient le plus à cœur, par l’intermédiaire d’un orateur .

Les invités sont représentés par les chaises qui arrivent au fur à mesure sur la scène de façon incroyable. Oui, car les chaises deviennent vivantes, elles deviennent la portion visible d’invités auxquels s’adressent les hôtes du logis, de plus en plus stressés par la foule qui arrive.

Nous voyons le couple discuter entre deux chaises avec une jeune femme, nous les voyons courir entre des rangées de chaises, à chaque coup de sonnette; nous les entendons même flirter dans les recoins. Car ces vieux ne sont pas fous, ils discutent vraiment avec leurs invités .Et quand la scène est tout à fait envahie, nous assistons à l’apothéose.

Une pièce de IONESCO ne se raconte pas. Il faut la jouer sur scène. Il y a quelque chose de magique dans la vie, même si notre cerveau nous incline à toujours balancer entre le oui et le non. C’est peut-être cela qui est absurde chez l’humain de vouloir toujours tout aligner comme une rangée de chaises. Qu’est-ce donc qui nous échappe ? « Les chaises » ouvrent cette fraction de seconde du merveilleux, tellement inattendue qu’elle est capable d’émouvoir l’esprit le plus cartésien.

A vrai dire, la pièce requiert des comédiens au physique et au moral, une énergie imaginative de grande ampleur.
Comment ne pas applaudir la performance des interprêtes, Geneviève BRUNET, Odile MELLET, Patrick CHUPIN et Alain LE MAOUT.

Odile MALLET a rencontré Eugène IONESCO. Elle en parle avec émotion. Sans nul doute, le souvenir de cet homme l’a guidée pour réaliser avec sa sœur jumelle Geneviève BRUNET, cette mise en scène lumineuse des »Chaises ».
Parce qu’il émane de ses deux soeurs, un charme, une délicatesse troublantes qui nous fait vaciller de la surprise au merveilleux.

« Les chaises » une sorte de lanterne magique en ce moment à l’ESSAION, à voir d’urgence ! Le théâtre avec ces deux salles installées sous les voûtes d’une cave médiévale, offre un cadre intime, unique; c’est vraiment un lieu de prédilection pour tous les amoureux du théâtre.

Paris, le 8 Mars 2014 Evelyne Trân

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