De
Bernard Bloch, Jean-Paul WenzelMise en scèneCécile Backès
AvecNathan Gabily, Cécile Gérard, Martin Kipfer, Maxime Le Gall
La vie comme un roman. Oui, pourquoi pas, mais alors il faudrait que le train s’arrête en marche. Il faudrait se projeter dans le passé, dans le futur et se prendre pour un héros.
Nous sommes tout un chacun héros de notre vie en tant que sujet. Mais qui a le temps dans la vie courante de se retourner sur ses origines. C’est curieux, la question des origines peut bouleverser de façon très romanesque notre perception du temps, parce qu’il s’agit pour l’enquêteur de se déplacer dans le passé, tout en restant sur pied au présent. Et en vérité, c’est comme si un individu à rollers guettait l’horizon et donc le futur, en se plongeant dans l’inconnu.
Pour plonger dans l’inconnu, il faut avoir une bonne raison, en ressentir le manque, vouloir l’identifier, lui donner un nom, une réalité, une existence.
Ce qui est très intéressant dans l’écriture de la pièce Vaterland issue du roman autobiographique éponyme, c’est qu’à travers chacun des personnages, c’est le même fil narrateur subjectif qui se déplace. Nous les voyons tous penser isolément, en train d’écrire dans leur tête l’histoire de leur vie mais sans en connaitre le bout.
Plusieurs personnages habités par plusieurs histoires qui les lient entre eux évoluent dans leurs bulles parallèles comme sur les rayons d’une toile d’araignée.
Il y a le jeune homme de 35 ans, musicien de rock dans un groupe qui recherche son père allemand, qui l’a abandonné avec sa mère presque à la naissance.
Il y a l’homme qui recherche obstinément des traces de son frère et qui finit par traquer l’allemand qui a usurpé son identité.
Il y a la jeune femme qui apprend que son mari est un imposteur, un allemand qui s’est fait passer pour un alsacien.
Et surtout, il y a l’allemand en question qui a tué lors d’une rixe un français et dans un coup de folie s’est emparé de ses papiers pour devenir à son tour français et séduire une belle jeune femme.
La toile a pour paysage, l’Allemagne en décombres et la France d’après-guerre.
Un véritable sac de nœuds mais fruité, fruité par le désir si naturel de connaitre la vérité. Une vérité insaisissable, planquée sur fond de guerre, parce que le destin de tous ces individus découle de circonstances inconcevables en temps de paix. Et pourtant tous les personnages sont des gens ordinaires pour qui la notion de famille a un sens. Tous vont découvrir que leurs valeurs ne sont pas conformes à la réalité. Tous vont être amenés à se remettre en question.
Pas évident de mettre en branle un fil narrateur tissé par plusieurs bouches. La metteure en scène, Cécile BACKES, en adhésion avec les créateurs de la pièce, a choisi de faire vibrer la toile d’araignée en rayons suffisamment espacés pour permettre au musicien de rock de pincer les fils de ladite toile, en rayonnant, cela va de soi.
Cécile GERARD en jeune femme « abusée » est épatante. Sa présence lumineuse et drôle, éclaire ce polar aux teintes sombres quoique adoucies avec humour par l’interprétation de ses jeunes partenaires.
La pièce est aussi captivante qu’un roman policier et avec juste un grain de folie supplémentaire que ne manquera pas de pondre cette jolie toile, ce sont toutes les cloches de notre mémoire qui vont se mettre en vrille, suspendues aux lèvres du jeune homme avouant qu’il a le trac à l’idée de rencontrer enfin son père. Comme nous le croyons !
Et nous pensons à ces chanteurs de rock’n roll qui faisaient de l’auto stop sur les routes en quête d’ailleurs. Un ailleurs que nous retrouvons avec plaisir, avec émotion dans ce rocambolesque road movie, passionnant.
Paris, le 2 Mars 2014 Evelyne Trân