SAVANNAH BAY de Marguerite DURAS au THEATRE DE L’ATELIER – 1 Place Charles Dullin 75018 PARIS – Mise en scène de Didier BEZACE avec Emmanuelle RIVA et Anne CONSIGNY du Mardi au samedi à 21 Heures

MARGUERITE DURAS

 

Chez Emmanuelle RIVA, il y a cette persistance de l’étonnement que l’on peut ne capter qu’en pleine lumière. Cette lumière, bien  sûr, c’est un choc, une émotion indescriptible, un effarement. L’ayant revue récemment dans « Hiroshima, mon amour » et « Thérèse Desqueyroux », j’avais envie de la voir sur scène ou tout au moins de l’entendre.

 Marguerite DURAS ne cesse de discourir sur l’amour, la mort, le temps. Mais il y a toujours quelque chose qui la pousse au-delà de l’intellect, quelque chose qui s’arrête quand la question au bord du précipice semble faire vœu d’oubli, d’achèvement, de dénouement. Marguerite DURAS n’est jamais rassasiée, elle désigne la  perche, la branche, appelant quelques oiseaux à s’y poser. Emmanuelle RIVA fait partie de ces oiseaux.

 Dans SAVANNAH BAY, deux femmes se faufilent dans les couloirs du temps, celui de la jeunesse, celui de la vieillesse. Les deux voix ne se recouvrent pas, l’une est inquisitrice avec une dureté qui camoufle une certaine souffrance, l’autre qui est sortie de l‘écorce, semble plus heureuse, détachée, espiègle.

 La petite fille demande à sa grand-mère de lui raconter l’histoire de ses parents. Elle voudrait comprendre comment sa mère a pu se suicider juste après sa naissance. Mais il n’y a rien à expliquer, surtout quand il s’agit d’une histoire d’amour, de passion.

 La vieille dame est une ancienne comédienne; la douleur fait partie de l’âme, elle peut s’interpréter comme le silence dans la grotte, comme la  vision d’un oiseau mort sur le sable. Tout est possible, même le bonheur, même l’oubli.

 Il ne reste plus à la vieille dame que ses sensations, au présent. Elle se prête au jeu de la récitation d’un drame pour sa petite fille, comme elle pianoterait sur les vagues de la mer, en train de se baigner avec la jeune femme.

 Le récital est si beau de ces deux voix qui se cherchent tout en restant distantes, celle d’Anne CONSIGNY, douloureuse et péremptoire, celle d’Emmanuelle RIVA si jeune, si aventurière.

 Le décor est très beau, dépouillé comme un logis japonais, avec pour seul luxe une grande fenêtre et l’intrusion d’une lumière presque étrangère.

 Pourtant les yeux fermés, nous pouvons écouter ces voix  profondément tactiles, rêver sous le poids d’un mot, resurgir derrière un silence, s’élancer, courir. Emmanuelle RIVA et Anne CONSIGNY, émanent d’un concerto de Duras, SAVANNAH BAY, suave et entêtant.

 Paris, le 1er Mars 2014                          Evelyne Trân               

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