FESTIVAL SENS INTERDITS 2013 – Я есть « Je suis » Mise en scène : Tatiana Frolova | Compagnie : Teatr KnaM du 26 au 30 0ctobre 2013 aux CELESTINS THEATRE DE LYON

Avec Elena Bessonova, Dmitry Bocharov, Vladimir Dmitriev

Matière documentaire texte et images : entretiens, témoignages, autobiographies collectés par les artistes du KnAM / Extraits d’articles, études et ouvrages historiques et mémoriels ; extraits des livres Le Dictionnaire de la Commune et Le Livre de l’oubli de Bernard Noël / Dispositif et mixage vidéo – Tatiana Frolova / Lumière – Tatiana Frolova, Dmitry Bocharov / Son – Vladimir Smirnov / Musique – Benji Merrison

 Un petit week-end à SENS INTERDITS, le festival créé depuis 2009 par Patrick PENOT, co-directeur du Théâtre des Célestins à LYON,  c’est une étape majeure pour le voyageur qui croit qu’il n’y a pas de meilleure carte politique que celle de citoyen du monde.

  Le théâtre, la scène du théâtre fonctionnent comme un cœur qui doit sans cesse être irrigué pour continuer à battre. Nous ne parlerons pas de sang neuf mais de sang riche qui court dans toutes les régions  du monde, traverse nombre d’obstacles et qui a parfois la bonne idée de venir se mélanger au nôtre, qui que nous soyons,   où que nous soyons.

  On l’appelle l’étranger, on l’ appelle l’autre, on a envie de lui demander d’où il vient, qu’est ce qu’il fait, et aussi de le remercier d’avoir répondu à l’invitation de Patrick PENOT.

  Car ces étrangers, ces artistes venus d’ailleurs croient profondément qu’ils ont des messages à transmettre concernant les conditions de vie humaine sur terre, ils ont à cœur de résister contre la dictature, la privation des libertés, la loi du silence, et leurs voix sont nécessaires sinon vitales pour lutter contre la calamité des guerres dans ce monde.

  Comment rester insensibles à leurs témoignages, à leur courage aussi. Croyons donc qu’ils ne sèment pas à tous vents, que ce n’est pas n’importe comment mais poussés par un sentiment de nécessité qu’ils acceptent, le temps d’un festival, d’être sous les projecteurs.

  Parce que Patrick PENOT entend laisser la parole à ceux qui ne l’ont pas, d’ordinaire, il fait la part belle aux compagnies modestes dirigées par des femmes. L’une de ces compagnies, c’est la compagnie du Teatr KnAM qui est installée au fin fond de la Sibérie dans la ville de Komsomolsk-sur-Amour depuis 1985. Officiellement, cette ville a été construite dans les années 30 grâce à l’aide de bénévoles communistes. En réalité, elle a édifiée par des milliers de prisonniers du goulag.

  En quête de mémoire collective et individuelle, Tatiana FROLOVA  a recueilli toutes sortes de témoignages des habitants actuels qui permettent à même l’ardoise des va et vient des deuils, naissances, mariages des individus, de faire leur connaissance presque intimement à travers leurs biographies familiales sur plusieurs générations.

  La création de Tatiana FROLOVA est démonstratrice du fait qu’un individu quel qu’il soit a des racines, qu’il ne peut parler de lui même sans évoquer ses proches, même si le rappel du passé se révèle douloureux.

  Il s’agit de théâtre documentaire à partir de témoignages d’individus réels et c’est formidable puisqu’il est impossible de se retrancher derrière la formule « toute ressemblance avec des personnages ou des événements existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence ».

  Avec une virtuosité certaine, tels des sorciers des temps modernes, les comédiens aux manettes se projettent sur des rétroprojecteurs, qui ont la fonction de miroirs décalés, brouillant les pistes d’une façon effarante suggérant aussi comment l’action de la mémoire peut aussi bien être fulgurante, douloureuse , violente qu’aléatoire.

  Peut- être ne faut il pas confondre le silence et l’oubli. Et puis l’outil scientifique ou technologique n’est pas une arme absolue pour parler de la maladie d’Alzheimer. C’est à cause de cette maladie qui a frappé ses proches que Tatiana FROLOVA a mesuré l’étendue de la vulnérabilité humaine et qu’elle a eu envie de faire  le rapprochement avec la situation politique de  Komsomolsk-sur-Amour, cette ville dont les habitants pourraient être soupçonnés d’amnésie en ignorant qu’elle a été bâtie par des forçats.

  Qu’est ce que l’oubli ? A travers des textes de Bernard NOEL, son essence poétique résonne, flirte avec l’imaginaire mais il y a oubli et oubli…. Dieu merci, nous ne souvenons pas de tout  mais oserai je appuyer sur la détente, n’oublions pas ces mémoires uniques qui sont celles du corps, de l’émotion, de la chair et croyons qu’elles peuvent parfois aussi se substituer à la parole,  à la langue de bois. Parfois, il suffit d’un geste, d’un regard, pour témoigner « Je suis ».

  Cette éloquence là, elle est à notre portée. La présence  exceptionnelle de la compagnie du Teatr KnAM au Théâtre des Célestins, c’est une belle manne venue de Sibérie qui vient interpeller notre propre mémoire de façon lumineuse, ardente et efficace. La politique à visage humain, il faut y croire !

  Paris, le 29 Octobre 2013                     Evelyne Trân

 

 

 

 

 

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